Sunday, February 27, 2005

salon de l’agriculture : La belle semaine des paysans

La grande communion qui rassemble annuellement la France des champs et la France des villes s’ouvre ce samedi à Paris Expo. Quelque 700 000 visiteurs sont attendus du 26 février au 6 mars au Salon international de l’agriculture. Bien entendu, le hall 1 avec l’élevage et ses filières sera, neuf jours durant, l’endroit le plus encombré du site. On y présente 425 bovins issus de 26 races, 552 moutons représentant 36 races, lesquelles prennent souvent en France le nom de la micro région qui les a longuement sélectionnées en raison de leur adaptation au climat et leur aptitude à valoriser la flore - locale. Les cochons élevés dans des porcheries industrielles ne sont plus porteurs de cette diversité génétique. Seules 8 races sont présentes au Salon. La recherche d’une croissance rapide a conduit à des croisements et à des éliminations de souches. Aujourd’hui, la quasi-totalité du cheptel porcin français est composé du landrace et du large white. Les autres races sont là pour le folklore. L’agriculture moderne, fondée sur le productivisme et la mise en concurrence, a été dévastatrice depuis une quarantaine d’années pour le patrimoine génétique. Elle a fait disparaître ou réduit à la portion congrue quantité de races animales et de variétés de plantes adaptées à la diversité des milieux naturels.

Si les races bovines cha- rolaise, limousine, salers, blonde d’Aquitaine, parthenaise, aubrac et autres gascone demeurent les animaux phares du Salon et un sujet de fierté pour les éleveurs français, on le doit beaucoup à l’abnégation des éleveurs, mais aussi à la prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes qu’ils avaient obtenue de l’Europe pour maintenir les élevages localisés dans des régions à handicaps naturels. Si la vache laitière hyper productive de race prim’holstein n’a pu éliminer les races montbéliarde et normande, c’est en raison des qualités particulières de leur lait pour la production de fromages d’appellations d’origine contrôlée.

Le Salon annuel de la porte de Versailles nous donne à voir la vitrine de l’agriculture française. En cela, il affiche ce qui se fait de plus beau et de plus performant dans la production agricole et l’élevage. Parfois jusqu’à l’excès. La sélection génétique, basée sur la seule recherche d’une plus grande quantité de lait par vache, a tranformé certaines laitières en ogresses et en martyres, dans la mesure où leur potentiel de production les pousse à manger toujours plus d’herbe et d’aliments concentrés. En retour, le rendement laitier particulièrement élevé leur inflige une vie de relative souffrance avec les accidents sanitaires que sont les mammites et les maladies osseuses provoquées par la décalcification. Avec une moyenne de quatre veaux pour une vie de vache et un peu moins de lactations, le turnover du cheptel est rapide dans les troupeaux laitiers. Au moindre pépin, l’abattoir n’est jamais loin. L’éleveur n’a pas le choix, s’il veut gagner sa vie.

les agriculteurs ont le moral en baisse

Les performances techniques affichées au Salon sont remarquables. Les performances économiques sur l’exploitation le sont aussi, généralement. Mais elles ne suffisent pas à garantir l’avenir du paysan. L’agriculture et l’industrie agro-alimentaire sont des secteurs de production qui dégagent chaque année un bel excédent pour la balance commerciale française, alors que le déficit global de 2004 a été de 7, 7 milliards d’euros. Cet excédent agro-alimentaire pourrait ne pas durer. La politique agricole définie au niveau de l’Europe tue l’agriculture à petit feu et la mise en place de la réforme de 2003 va accélérer le processus de déprise agricole. Les accords d’importation à tarifs réduits en provenance des pays tiers sont conçus pour maintenir la pression sur les prix payés aux producteurs. Pour le plus grand bénéfice de la grande distribution et d’elle seule. Souvent au détriment des qualités gustatives et sanitaires des produits.

De plus en plus compétents, les paysans gagnent de plus en plus difficilement leur vie dans pratiquement tous les secteurs de production. Les centaines de médailles obtenues au Salon dans les concours d’animaux et de produits n’effacent pas cette réalité. Les agriculteurs ont le moral en baisse. Ils sont trop souvent confrontés à l’endettement, à la pauvreté, à l’angoisse du lendemain, au recul des services publics, au départ vers la ville de nombreuses jeunes femmes issues du milieu agricole et rural, faute de trouver un travail à la campagne. Et ces départs accentuent encore plus la solitude des hommes, à commencer par les jeunes en âge de s’installer.

Antoine Croutes s’était installé en 1995, à vingt-trois ans, pour élever des bovins de race salers dans le département du Cantal. Il était titulaire d’un BTS de production animale, suivi d’un stage de six mois dans deux ranchs aux États-Unis. Son exploitation était bien conduite. Syndicaliste, vice-président national du syndicat Jeunes Agriculteurs, il appelait de ses voeux une intervention plus conséquente du politique en agriculture dans un éditorial de JAMag d’octobre 2004. Le message qu’il diffusait auprès des jeunes de sa génération était le suivant : « Transmettre la terre et continuer la vie... » Outre la conduite de son élevage et le temps consacré à ses responsabilités syndicales, ce grand gaillard élégant participait au comité des fêtes de sa commune et jouait au foot dans l’équipe locale.

l’éleveur cherchait une âme soeur...

Homme lucide et sensible, il s’est suicidé quelques jours avant Noël après avoir pris soin d’écrire à ses meilleurs amis. Choqués, ces derniers disent avoir compris que l’intéressé avait programmé ce départ quelques jours avant son 33e anniversaire, au terme d’une longue réflexion liée à l’impossibilité de trouver l’âme soeur pour vivre sur une ferme dans un coin retiré de l’Auvergne profonde. Éleveur demeure assurémment un beau métier. L’exercer dans un paysage démographique en voie de désertification peut plonger le paysan dans un abîme de solitude qui tourne parfois au cauchemar.

Wednesday, February 16, 2005

Bruxelles nous emmerde avec ses OGM et sa vassalité rampante aux états unis d'amérique

Mon Gillounet

Vingt régions européennes défient Bruxelles en refusant les OGM
LE MONDE | 14.02.05 | 14h19 • MIS A JOUR LE 14.02.05 | 17h32
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Dans une charte adoptée à Florence, des exécutifs régionaux de l'Union européenne, donc cinq français, revendiquent le droit de se protéger de la contamination transgénique. Ils demandent des sanctions contre les responsables de pollution génétique.

Les régions européennes déterrent la hache de guerre. Réunies à Florence, en Italie, le 4 février, les représentants de vingt régions de l'Union européenne, ont lancé un défi à la Commission de Bruxelles sur les organismes génétiquement modifiés (OGM). Soucieuses de protéger l'agriculture de qualité qu'elles estiment menacée par les cultures transgéniques, elles ont adopté une "charte des régions et des autorités locales d'Europe sur la coexistence entre les OGM et les cultures traditionnelles et biologiques".

Cet événement constitue une évolution importante du conflit sur les OGM : il témoigne du fait que la contestation n'est plus portée seulement par des associations écologistes, paysannes ou de consommateurs, mais par des autorités élues et disposant, à des degrés divers, de moyens d'exercer un pouvoir.

En France, où plus de quinze régions à l'exécutif socialiste ont voté, en 2004, des "vœux" hostiles aux produits transgéniques, cinq vont plus loin en s'associant au réseau des régions européennes libres d'OGM : l'Aquitaine, la Bretagne, l'Ile-de-France, le Limousin et le Poitou-Charentes.

La Charte de Florence est très critique à l'égard de la politique suivie par Bruxelles. Elle affirme que la directive 2001/18 - le texte central régissant la dissémination des OGM en Europe - "ne s'intéresse pas aux droits des agriculteurs ayant choisi l'agriculture traditionnelle à défendre leurs cultures de la pollution génétique". Les exécutifs des vingt régions signataires considèrent en effet que les agriculteurs qui choisissent de ne pas cultiver d'OGM ne sont pas suffisamment protégés de la pollution par le pollen de leurs voisins ayant adopté cette technologie. En effet, précise la charte, "la directive ne couvre pas la responsabilité civile des entreprises biotechnologiques en cas de contamination d'autres cultures et ne fait, dès lors, pas référence au principe pollueur-payeur, énoncé à l'article 174 du traité de l'Union". Dans une analyse novatrice, les vingt régions soulignent que les conséquences de la mise en culture des OGM ne concernent pas seulement la santé et l'environnement, mais aussi les "conditions de fonctionnement social et économique des collectivités".

Dans l'intention d'"assurer une coexistence réelle, autrement dit une garantie de séparation totale entre les cultures transgéniques et les autres cultures", elles s'engagent à "prévoir une protection des cultures traditionnelles et biologiques contre les OGM sur des zones étendues ainsi que sur l'ensemble du territoire régional". Enfin, elles demandent à la Commission "de proposer un système de sanction" des responsables de contaminations transgéniques et veulent que les procédures d'autorisation des OGM "soient subordonnées, outre au respect des principes de précaution, de prévention et d'éthique, à la présence d'effets positifs pour les consommateurs". Cette considération est essentielle puisque, à l'exception du coton, aucun avantage particulier des OGM pour le consommateur ou pour l'environnement n'a jusqu'à présent été établi de manière incontestable.

Cette démarche des régions européennes aboutit au moment où la nouvelle Commission présidée par José-Manuel Barroso hésite encore sur l'attitude à adopter à l'égard de ce dossier et où les Etats - à l'exception de l'Allemagne et de l'Italie, qui ont adopté des lois protégeant l'agriculture conventionnelle - tardent à établir un régime de coexistence entre les cultures transgéniques et les autres.

PLUS DÉTERMINÉES QUE LES ÉTATS

Cette passivité ne témoigne pas d'un enthousiasme à l'égard des OGM : les Etats membres n'ont toujours pas réussi à se mettre d'accord pour autoriser la culture de nouvelles plantes transgéniques, et la décision est donc prise par la Commission. Début mars, celle-ci pourrait autoriser une variété particulière de colza, le GT 73 de Monsanto, qu'en décembre 2004 les ministres de l'environnement européens ont rejetée (la France avait voté pour son introduction). L'innocuité environnementale et sanitaire de ce colza n'est pas pleinement établie.

Face à cet attentisme des Etats, la contestation régionale a pris de l'ampleur. Lancé en novembre 2003 par la Haute-Autriche, le mouvement de refus régional est passé de dix régions au printemps 2004 à vingt aujourd'hui. La France, l'Italie (Toscane, Emilie-Romagne, Sardaigne, Marches, Lazio, province de Bolzano) et l'Autriche (Haute-Autriche, Burgenland, Salzbourg, Steiermark) sont les plus présentes dans ce réseau, qui gagne l'Espagne (Euzkadi, c'est-à-dire Pays basque), la Grande-Bretagne (pays de Galles, Highlands), la Grèce (Drama-Kavala-Xanthi) et l'Allemagne (Schleswig-Holtstein).

Les régions contestataires devraient rencontrer la Commission début mars. Elles vont, par ailleurs, chercher à étendre leur réseau, notamment à travers l'Association des régions d'Europe. Certaines d'entre elles sont entrées en dissidence ouverte avec Bruxelles, comme la Haute-Autriche, qui est en conflit juridique pour avoir interdit les OGM sur son territoire. D'autres, et notamment les régions allemandes et italiennes, s'appuient sur les lois adoptées par les Parlements de leurs Etats, au Bundestag, à Berlin, le 26 novembre, et par le Sénat, à Rome, le 25 janvier. La loi italienne délègue aux régions le pouvoir d'établir les règles sur les OGM.

Cette fronde des régions signifie aussi que, sur des questions importantes, elles veulent pouvoir mener une politique plus déterminée que les Etats. "La place des régions en Europe est en train de grandir, estime Jean-Yves Le Drian, président (PS) du conseil régional de Bretagne, et nous pouvons acquérir un poids politique, notamment dans ce domaine de l'agriculture et des OGM."

Hervé Kempf
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 15.02.05

Comment empoisonner sa moitié, l'air de rien ? offrez lui du parfum !

Mon Gillounet
Polémique entre Greenpeace et les industriels français sur la toxicité des parfums
LE MONDE | 16.02.05 | 14h06
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Le secteur représente 14 milliards d'euros.

La nervosité était palpable, mardi 15 février, lors du bilan annuel des ventes de cosmétiques présenté à Paris par la Fédération des industries de la parfumerie. Les industriels n'étaient pas là pour se féliciter de l'évolution du chiffre d'affaires du secteur (+ 2,6 % à 14,1 milliards d'euros en 2004), mais pour faire front commun face à une campagne susceptible de menacer la stratégie des entreprises.

Deux molécules utilisées dans les parfums pourraient être dangereuses pour la santé humaine, affirme l'organisation écologiste Greenpeace dans un rapport publié début février. Il s'agit des diéthylphtalates (le DEP) et les muscs synthétiques (essences parfumantes) présents dans presque la totalité des 166 000 flacons de parfums vendus chaque jour en France, selon le laboratoire néerlandais TNO-MEP qui a effectué les analyses.

"INCERTITUDE SCIENTIFIQUE"

D'après plusieurs scientifiques, dont le professeur Charles Sultan, professeur d'endocrinologie pédiatrique au CHU de Montpellier, ces molécules, stockées dans notre tissu adipeux, sont soupçonnées de perturber notre système hormonal. Peu biodégradables, elles s'accumuleraient dans le corps au fil des générations et seraient responsables d'un taux élevé de malformations congénitales chez le petit garçon, et de la stérilité grandissante des hommes.

Rien n'est encore prouvé, mais "nous sommes face à une incertitude scientifique forte", a indiqué à ce sujet, le 9 décembre 2004, lors d'un colloque sur la santé et l'environnement, le directeur général de la santé, William Dab.

Un haut niveau de DEP a été trouvé dans 34 des 36 parfums analysés par Greenpeace, dont Eternity pour femme (Calvin Klein), Iris Blue (Melvita), Céline Dion (Coty) et Le Mâle (Jean Paul Gaultier). Les parfums Le Baiser du Dragon (Cartier), BLV Notte pour homme (Bulgari), Polo Blue (Ralph Lauren) et True Star (Tommy Hilfiger) affichent, eux, les plus fortes concentrations de muscs.

Après les révélations sur la toxicité de certains désodorisants d'intérieur (Le Monde du 23 novembre 2004), c'est donc au tour de la cosmétique d'être la cible des ONG. L'enjeu économique est important. C'est la quatrième industrie exportatrice - les ventes de parfums "made in France" s'élèvent à 7,6 milliards d'euros -, avec un excédent commercial de 6 milliards d'euros en 2004.

Les industriels répètent que leurs produits "sont conformes aux recommandations des autorités compétentes". En outre, "un grand nombre de substances que nous utilisons sont communes à d'autres industries, a déclaré Alain Grangé Cabane, le président de la Fédération, (...) des évaluations sont faites". Mais pour André Cicolella, chimiste-toxicologue indépendant, "ce que les industriels ne disent pas, c'est que la plupart des 9 000 substances utilisées dans les cosmétiques n'ont pas été testées".

Face au doute, la députée Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP, Essonne) considère qu'il est important de mieux informer les consommateurs. Elle est l'auteur d'une proposition de loi qui suggère de mettre un logo sur les produits contenant au moins une substance potentiellement dangereuse.

Florence Amalou
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.02.05

Comment tuer nos bons fromages ?

Le fromage de Salers, ou la difficulté de concilier tradition du terroir et sécurité sanitaire
LE MONDE | 16.02.05 | 15h20
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Aurillac (Cantal) de notre envoyée spéciale

Quand Gilles Benech, producteur de fromage de Salers dans le Cantal, a reçu la lettre des services vétérinaires, ce fut "comme un coup de poignard dans le dos". "J'ai toujours eu l'impression de faire mon travail sérieusement", explique-t-il.

Comme la majorité des producteurs de salers (une centaine de personnes), M. Benech s'est vu retirer la dérogation qui l'autorisait à fabriquer son fromage dans une gerle en bois, un récipient traditionnel qui sert à recueillir le lait pendant la traite des vaches. La raison de cette mesure : des analyses bactériologiques non conformes, pratiquées à des stades précoces du processus de production, notamment au moment où les fromages frais quittent les fermes pour les caves d'affinage. Or les fromages finis, soumis après trois mois de maturation à de nouveaux contrôles, ne présentent aucun danger pour les consommateurs.

En 2004, la gerle a donc été remplacée par de l'inox, plus facile à nettoyer. Mais, selon les producteurs, sans gerle il n'y plus de salers. "Grâce à ce récipient en bois, chacun arrivait à donner un goût particulier à son fromage", explique Gilles Benech. Son collègue, Jean-Paul Bonal, va plus loin. "On ne s'y prendrait pas autrement si on voulait flinguer la filière", affirme-t-il.

C'est une petite production, qui compte seulement 95 producteurs, installés sur la zone volcanique du Cantal, avec 1 400 tonnes produites chaque année. Les fourmes à la croûte dorée pèsent 40 kilos.

La filière cumule deux particularités : elle est saisonnière et fermière. Pour avoir droit à l'appellation d'origine, le fromage doit être produit à partir de lait de vaches nourries uniquement par les herbages de la zone volcanique du Cantal, et fabriqué entre le 1er mai et le 30 octobre. Il est uniquement produit à la ferme, de façon artisanale.

La vache n'est pas obligatoirement de race salers. C'est même plutôt rare, tant celles-ci sont difficiles à mener : elles réclament une première tétée de leur veau pour donner du lait. Le salers est donc un cousin du cantal, plus parfumé, plus typique, plus cher aussi. Chaque ferme produit son cru, affirment les producteurs.

Face à l'attrait des éleveurs pour cette production, plus rémunératrice que la livraison de lait pour le cantal, la filière a durci, en 2000, les conditions d'attribution de l'AOC, en introduisant notamment l'usage obligatoire de la gerle en bois. Cet usage repose sur une dérogation, car le bois est normalement exclu de la fabrication des froma- ges au lait cru. Ceux qui travail- laient dans l'inox, minoritaires, ont eu un délai pour se mettre aux nouvelles normes, qui expiraient le 1er janvier 2003. C'est à ce moment que la production de salers est entrée dans une zone de turbulences. Selon de nombreux producteurs, la déstabilisation est venue des plus gros d'entre eux, utilisateurs de l'inox, qui refusent de passer au bois. "Ce qui les intéresse, c'est de produire un maximum de salers en un minimum de temps", affirme Gilles Benech. "L'inox est une matière lisse, neutre, qui nous oblige à utiliser des ferments lactiques, souligne M. Bonal. Il amène une banalisation du produit, qui risque de niveler toute la filière."

"Tous les chemins pour améliorer nos problèmes sanitaires nous amènent vers l'industrialisation", assure, de son côté, Michel Veschambre, ancien président du Comité interprofessionnel des fromages du Cantal (CIF). Pour retrouver leur dérogation, les producteurs devront améliorer leurs résultats sanitaires. "On ne peut pas reprocher à la direction des services vétérinaires de faire appliquer la réglementation", concède Charles Perrot, président du CIF.

Les services de l'Etat savent que les contrôles ne prennent pas en compte la particularité de ce fromage, qui quitte les fermes au bout de quelques jours pour aller dans des caves d'affinage. Ils attendent malgré tout une amélioration des résultats sanitaires des producteurs, qui passe notamment par la conduite des troupeaux et l'hygiène de la traite.

S'ils veulent continuer à travailler selon les méthodes artisanales, les producteurs sont donc condamnés à devenir exemplaires sur le plan sanitaire. "L'essentiel, c'est de ne pas toucher au décret", affirme M. Veschambre. Le bois reste, selon la plupart des producteurs, un outil d'avenir.

Gaëlle Dupont
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.02.05

Tuesday, February 15, 2005

Consommons 1% de + d'énergie grace aux feux de croisement allumés en plein jour

Mon Gillounet
Circulation routière
Feux de jour : en plein brouillard !

Pour réduire encore le nombre de tués et de blessés sur les routes, les pouvoirs publics incitent les automobilistes à rouler de jour les feux de croisement allumés. Le ministère des Transports a fait le point sur cette recommandation. Sans vraiment convaincre.

Depuis le 31 octobre, la Sécurité routière incite les automobilistes à rouler, de jour et hors agglomération, avec les feux de croisement allumés. Une mesure qui, selon elle, permet « de percevoir plus rapidement et plus distinctement les autres usagers de la route ». Avec, comme conséquence, une route encore plus sûre.

Le 9 février, le ministre des Transports, Gilles de Robien, a dressé un premier bilan de l'acceptation de cette expérimentation. Il en a profité pour apporter des contre-arguments à ceux qui la contestent (notamment les motards), et pour « faire une piqûre de rappel » afin de « maintenir la pression » sur les automobilistes, alors que les jours commencent à rallonger.

Pour l'occasion, le ministère des Transports avait invité un chercheur néerlandais à présenter une étude censée démontrer que les feux allumés le jour n'avaient que des avantages. Disons-le d'emblée, les travaux ne sont pas convaincants : ladite étude égrène des évidences et pèche par l'absence de... démonstrations scientifiques. Tout juste apprend-on que le temps de réaction d'un conducteur est de 0,922 seconde au lieu de 0,936 seconde lorsqu'il croise, de jour, une voiture qui a allumé ses phares. Autre information, ou plutôt confirmation : dans cette situation, on consomme « 1 % de carburant en plus ».

Les Français ont-ils adhéré à l'opération « feux de jour » ? Là encore, les conclusions avancées n'apportent pas grand-chose. Les observations menées par une vingtaine de DDE (directions départementales de l'Équipement) donnent un « taux de participation de 34,5 % en janvier contre 51,9 % le mois précédent ». Et, sans surprise, on apprend que ce taux est nettement plus élevé au... nord du pays et les jours de pluie (Nord et Sud confondus) !

Persuadé de la justesse d'une telle mesure, Gilles de Robien n'en a pas moins annoncé qu'il fallait affiner les analyses. Il se donne jusqu'à la fin mars. À cette date, le gouvernement dira s'il rend ou non la mesure obligatoire. Et malgré le brouillard qui entoure encore cette question des feux de jour, la Sécurité routière affirme que « la généralisation de cette mesure permettrait de faire baisser le nombre de tués dans une proportion variant de 5 à 8 % ». Reste à « trouver » les études détaillées qui pourraient justifier de tels chiffres !


Arnaud de Blauwe QUE CHOISIR

Sunday, February 13, 2005

De l'espoir pour le maintien d'une diversité gastronomique européenne

Slow Food Bituriges Vivisques

Renaud Donnedieu de Vabres: "l'Europe n'est pas l'uniformité" en gastronomie

PARIS, 12 fév 2005 (AFP) -Le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres a déclaré samedi que "l'Europe n'est pas l'uniformité" en matière de gastronomie, et qu'"un grand vin européen n'est pas un vin de mélange".

Le ministre s'adressait à une vingtaine de confréries (vannerie, charcuteries, vignerons etc) de la région Centre, dont M. Donnedieu de Vabres a été un élu, venus lui remettre une lettre de créance sur la reconnaissance de "la gastronomie comme élément de notre culture".

"L'Europe n'est pas l'uniformité. Il faut que chaque produit du terroir puisse vivre sa vie" a-t-il dit avant d'ajouter: "Un grand vin européen n'est pas l'addition d'un quart de Touraine, d'un quart de Toscane, d'un quart de Moselle et d'un quart de Hongrie".

"Il faut que chacun puisse s'exprimer avec sa diversité", a dit encore le ministre pour qui cette rencontre samedi est un "symbole fort". "La rue de Valois doit accueillir les créations les plus contemporaines et les plus ancestrales", a-t-il expliqué.

"Un produit de terroir, la façade d'un café de campagne, un lavoir à restaurer sont aussi importants qu'une cathédrale", a-t-il encore ajouté.

Interrogé par l'AFP sur le débat lancé par le New York Times selon lequel la créativité gastronomique est espagnole tandis que l'innovation française est figée, Renaud Donnedieu de Vabres a déclaré: "Chaque pays a le droit d'avoir son expérience culinaire. Je n'ai pas le sentiment que la création française soit en recul".

Sur la diversité gastronomique européenne

Mon Gillounet


PARIS, 12 fév 2005 (AFP) -Le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres a déclaré samedi que "l'Europe n'est pas l'uniformité" en matière de gastronomie, et qu'"un grand vin européen n'est pas un vin de mélange".

Le ministre s'adressait à une vingtaine de confréries (vannerie, charcuteries, vignerons etc) de la région Centre, dont M. Donnedieu de Vabres a été un élu, venus lui remettre une lettre de créance sur la reconnaissance de "la gastronomie comme élément de notre culture".

"L'Europe n'est pas l'uniformité. Il faut que chaque produit du terroir puisse vivre sa vie" a-t-il dit avant d'ajouter: "Un grand vin européen n'est pas l'addition d'un quart de Touraine, d'un quart de Toscane, d'un quart de Moselle et d'un quart de Hongrie".

"Il faut que chacun puisse s'exprimer avec sa diversité", a dit encore le ministre pour qui cette rencontre samedi est un "symbole fort". "La rue de Valois doit accueillir les créations les plus contemporaines et les plus ancestrales", a-t-il expliqué.

"Un produit de terroir, la façade d'un café de campagne, un lavoir à restaurer sont aussi importants qu'une cathédrale", a-t-il encore ajouté.

Interrogé par l'AFP sur le débat lancé par le New York Times selon lequel la créativité gastronomique est espagnole tandis que l'innovation française est figée, Renaud Donnedieu de Vabres a déclaré: "Chaque pays a le droit d'avoir son expérience culinaire. Je n'ai pas le sentiment que la création française soit en recul".

Offrez de votre temps pour noel plutôt que des cadeaux

Mon Gillounet

SIMPLICITÉ VOLONTAIRE - Comment s¹enrichir en se dépouillant

Fini la course aux cadeaux. Pour Noël, Marge Wurgel n¹offrira à ses proches
qu¹un peu de son temps. ³Je les inviterai à partager une tasse de thé, un
repas ou une promenade. Le but est de faire quelque chose ensemble qui nous
plaise, plutôt que d¹acheter des cadeaux², explique-t-elle dans le San Diego
Union Tribune. Cette Californienne n¹a pas agi sur un coup de tête : elle
est l¹une des fondatrices du groupe Simplicité volontaire de San Diego, dont
les membres se réunissent tous les mois pour trouver les moyens de recentrer
leur vie sur des valeurs essentielles.
Une préoccupation que partage, à l¹autre bout du pays, Jessica Hill, une
jeune artiste new-yorkaise qui fait elle aussi partie d¹un cercle de
Simplicité volontaire, à Brooklyn. ³Je dois vivre simplement parce que j¹ai
d¹énormes emprunts étudiants à rembourser², explique-t-elle au New York
Daily News, mais j¹ai réalisé que je n¹avais pas besoin de beaucoup de biens
matériels pour être heureuse.² Depuis deux ans, la jeune femme a fait le
vide chez elle, en bradant ses affaires dans des vide-greniers ou en les
donnant à des associations. Pour toute vaisselle, elle n¹a plus que ³deux
tasses, deux verres, deux assiettes et deux bols². Et elle n¹a plus le
téléphone à la maison.
Depuis quelques mois, la presse locale américaine fourmille de témoignages
de ce genre. ³Vivre simplement n¹est pas une idée nouvelle, mais la
Simplicité volontaire, mouvement qui est né il y a quelques décennies dans
le nord-ouest [des Etats-Unis], est aujourd¹hui sortie de la marginalité
pour devenir très populaire², constate The New York Daily News. Selon Duane
Elgin, dont l¹essai Voluntary Simplicity, publié en 1981, a popularisé
l¹expression, un Américain sur dix est en train d¹expérimenter cette
nouvelle manière de vivre. ³Il ne s¹agit pas de sacrifice mais de
satisfaction², précise-t-il à l¹intention du quotidien new-yorkais.
Au fur et à mesure que le mouvement se développe, les motivations de ses
membres semblent évoluer. Au début, c¹était généralement l¹écologie qui
menait à la frugalité. Aujourd¹hui, c¹est souvent la religion. ³De plus en
plus, ce Œdésencombrement¹ s¹inscrit dans un contexte spirituel ; il est
perçu comme un moyen d¹éliminer tout ce qui peut distraire l¹individu de son
développement personnel², analyse The Washington Post.
Forcément, le monde des affaires n¹a pas tardé à récupérer cette nouvelle
tendance. Plusieurs magazines, comme Budget Living, Simple Living ou Real
Simple (publié par le groupe Time-Warner) ont ainsi investi le créneau*. Au
fil des pages, on apprend à organiser en une demi-heure un petit dîner ³vin
et fromages² élégant ou décontracté, à simplifier sa garde-robe, ou à suivre
la voie bouddhiste du lâcher-prise.

* Dans une démarche différente, La Décroissance, bimestriel édité par
Casseurs de pub à Lyon, participe au débat. A la une du numéro de décembre :
³Pour Noël, n¹achetez rien².





Thursday, February 10, 2005

MAC DO l'obésité au bout du repas

Le Monde diplomatique
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> décembre 2004 > Page 13




CE QUE CACHE MCDONALD’S

L’obésité au bout du repas





En Grande-Bretagne, un pays particulièrement touché par l’obésité, McDonald’s est le troisième annonceur (en volume) à la télévision et à la radio, le cinquième étant... une autre société de fast-food, Kentucky Fried Chicken. En France, où le nombre d’adultes obèses a doublé en quinze ans, où celui des enfants en surpoids a été multiplié par cinq et où celui des jeunes de moins de 15 ans atteints d’obésité sévère a décuplé, McDonald’s s’offre de pleines pages publicitaires dans les principaux journaux.



Philippe Froguel
Directeur de recherches au CNRS.


Catherine Smadja
Administratrice civile, détachée auprès du ministère britannique de la culture, de la communication et du sport.






Pour répondre aux accusations portées dans Super Size Me, film produit et réalisé par Morgan Spurlock, selon lequel la consommation régulière des portions géantes proposées par McDonald’s était très nuisible à la santé physique et mentale, la société-phare du repas rapide et simple s’est lancée dans une grande opération de communication : convaincre l’opinion et les « décideurs » politiques que non seulement elle n’est pour rien dans l’ampleur de l’épidémie mondiale – 1 milliard de personnes en surpoids, dont 300 millions d’obèses en 2004 (1), à comparer aux 842 millions de personnes dénutries –, mais au contraire qu’elle fait tout – et depuis longtemps – pour la combattre. Par ses spots, elle vante ses pseudo-initiatives « pour accompagner les changements de préoccupations alimentaires des Français », euphémisme type de l’industrie agroalimentaire qui nie jusqu’à l’existence du terme « obésité ».

Dans ses placards publicitaires, et dans un long inventaire à la Prévert, McDonald’s détaille ses « innovations » diététiques depuis 1987, notamment les yaourts à boire, les fruits « à croquer » et, plus récemment, les salades dites « plus » – comme si la consommation de fruits, de légumes et de laitages était un élément essentiel de la culture McDonald’s. En Grande-Bretagne ont fleuri l’été dernier des panneaux publicitaires vantant le « podomètre gratuit (2) » offert avec ses repas – gadget qui ne remet pas en cause la nocivité des produits vendus, mais lui donne à peu de frais une image sportive.

La firme omet de rappeler que, malgré toutes ces initiatives louables, la croissance du nombre d’obèses a été parallèle à l’augmentation du chiffre d’affaires des sociétés de restauration rapide. Bref, que les fast-foods n’ont pas contribué à améliorer l’état nutritionnel de la population humaine. Toutes ces entreprises qui produisent repas et aliments « de convenance », tout prêts et faciles à consommer, ne font que répondre avec complaisance au souhait de « gain de temps » de beaucoup de nos contemporains.

Contrairement à ce que McDonald’s voudrait faire croire, l’essentiel de son succès est ailleurs que dans les yaourts gadgets et autres « fruits à croquer ». Qui veut déjeuner d’un yaourt ou de fruits frais ne va pas les acheter chez McDo ! Ces consommateurs de ce que certains ont appelé par dérision – et on les pardonne presque d’avoir utilisé l’anglais – la « slow food » n’intéressent pas la restauration rapide. Celle-ci fait son chiffre d’affaires avec le menu « Best of Big Mac », et c’est ce produit qu’elle veut protéger à tout prix.
Emprise publicitaire

La publicité récente de McDonald’s cherche donc à « bousculer les idées reçues » selon le titre de l’encart, et à démontrer que, vraiment, le « Big Mac » ne fait pas grossir : puisqu’un menu « Best of », qui apporte la bagatelle de 987 calories, ne couvrirait que 35 % à 40 % des besoins caloriques journaliers des Français, pourquoi s’en priverait-on ? Hélas ! les données de McDonald’s sont dépassées depuis trente ans au moins. De plus en plus sédentaire, le consommateur occidental dépense moins de 1 800 calories par jour en moyenne (contre 5 000 pour le chasseur nomade de la préhistoire et 3 000 pour l’agriculteur du XIXe siècle). Entre sodas, barres de céréales et autres grignotages « énergétiques », il ingurgite au moins 200 calories de junk food par jour. Il ne lui reste plus que 1 600 calories à consommer pendant les repas pour rester à l’équilibre énergétique, et donc ne pas grossir.

Le calcul est simple. Avec, à midi, un menu « Best of Big Mac » avec des frites, il reste 600 calories à répartir entre le dîner et le petit déjeuner. Lequel devrait constituer, à en croire un autre mythe créé de toutes pièces, et sans aucun fondement scientifique, par les marchands de céréales (Kellog’s, Nestlé...), au moins un quart de notre ration calorique quotidienne (soit pas loin des 600 calories restantes). Bref, ne dînez pas, et surtout pas des petits plats « allégés » tout préparés vantés par les mêmes industriels de l’agroalimentaire, qui sont souvent plus caloriques, plus riches en graisses et bien plus salés que leur équivalent préparé à la maison (3).

De même, après un happy meal (« repas heureux ») au McDonald’s – 760 calories, soit 50 % des besoins énergétiques d’un enfant de 5 ans –, mettez votre bambin à la diète, surtout s’il a pris des céréales particulièrement riches en sucres et en graisses au petit-déjeuner !

Alors, que faire ? Faudrait-il interdire la publicité télévisée pour ces produits, notamment lors des plages horaires consacrées aux enfants ? Certainement pas ! répondent les producteurs d’émissions enfantines, qui verraient ainsi leurs ressources diminuer d’environ 40 %. Ceux-ci insistent sur la diversité des causes de l’obésité chez l’enfant : absence des parents lors des repas, manque d’exercice physique (en partie lié au temps passé devant la télé) ; et bien évidemment importance... des produits tout préparés dans l’alimentation quotidienne. Au contraire, pour la British Diabetes Association, qui pousse les pouvoirs publics britanniques à agir en ce domaine, une régulation, voire une interdiction totale, s’impose.

A l’appui de cette thèse, on peut citer des chiffres : sur les 22 minutes de publicité que regardent chaque jour les petits Britanniques, un cinquième concerne des céréales présucrées, des confiseries, des chips, des boissons sucrées ou des produits de restauration rapide. Alors que les dépenses pour ces produits représentent 59 % du total du chiffre d’affaires de la publicité télévisée dans le secteur de l’alimentation, ce pourcentage s’élève à 77 % durant les plages horaires des émissions enfantines – et, si l’on ajoute les produits lactés, respectivement 78 % de l’ensemble des programmes et 96 % de ceux qui sont destinés aux enfants (4). Or, sans que l’on puisse prouver la causalité, on constate que les enfants regardant beaucoup la télévision consomment davantage ce type de produits (5).

Le débat est ouvert et il sera sans doute un des enjeux de la révision prochaine de la réglementation européenne de la télévision (6). En attendant, si vraiment McDonald’s et les autres compagnies de fast-food veulent agir pour la santé publique, qu’elles cessent de s’abriter derrière des salades alibis, visant bien plus à attirer de nouvelles catégories (femmes actives) qui boudaient leurs restaurants qu’à modifier le comportement alimentaire de leur cœur de cible. Qu’elles modifient plutôt la charge calorique de leurs produits- phares : avec un peu moins de mayonnaise et de graisses dans le pain, le menu « Big Mac » peut passer sous la barre des 800 calories, soit 20 % en moins, surtout si l’on ose remplacer les sacro-saintes frites ne serait-ce que par un autre féculent non frit.

A moins, évidemment, que les sociétés de restauration rapide n’aient de bonnes raisons pour ne pas le faire. Les nutritionnistes de l’agroalimentaire connaissent bien cette étonnante réalité physiologique : si le cerveau humain est capable d’évaluer la teneur en énergie des aliments et de réguler son appétit en fonction de cette variable essentielle, cette aptitude disparaît au-delà d’une certaine densité énergétique (7). Même si une mégabarre chocolatée (« Snickers », par exemple) pèse 100 grammes, elle apporte plus de calories qu’un steak de 400 grammes servi avec pommes de terre et brocolis. Mais, lorsque les aliments sont trop denses en calories, le cerveau, perdu, n’arrive plus à calculer ce que le corps doit encore ingérer pour couvrir ses besoins.

Ce « grignotage » n’est pas considéré comme le repas qu’il est (la même chose est vraie pour les sodas riches en sucrose ou en fructose dont le contenu calorique n’est pas identifié par le cerveau). Serait-ce pour cette raison que la plupart des produits des fast-foods dépassent allégrement cette limite ? Ainsi, plus les produits sont caloriques, moins ils induisent la satiété, et donc plus ils incitent à continuer à consommer – qui résistera à un petit milk-shake de plus à « seulement »... 365 calories ? Forcer l’agro-alimentaire à limiter la teneur énergétique de ses produits est donc essentiel pour contrôler l’obésité.

Alors, prenons les paris : qui, des libéraux britanniques, des ultra-libéraux américains ou des dirigistes français, auront les premiers le courage de s’attaquer à ces groupes puissants ? Il s’agit là d’une partie indispensable, quoique bien évidemment insuffisante à elle seule, d’un véritable programme multifacettes de lutte contre l’obésité.

L’obésité n’est pas à proprement parler une maladie (résultant d’un désordre biologique de l’individu), mais une réponse « normale » à un environnement pathologique. Notre vie moderne conduisant à un excès énergétique d’environ 300 calories par jour, l’engraissement exagéré – avec toutes ses conséquences nuisibles pour la santé et pour l’espérance de vie (8) – est un phénomène de masse inéluctable si rien n’est fait pour modifier les conditions dans lesquelles nous vivons.

Les caractéristiques génétiques de chacun interviennent cependant en freinant ou, au contraire, en amplifiant l’effet de l’environnement : certaines personnes sont heureusement protégées du surpoids alors que de nombreux enfants développent désormais des obésités extrêmes dès l’âge de 5 ans. La compréhension des bases biologiques de l’obésité « maladie » doit aller de pair avec un projet de société visant à adapter l’activité physique à l’apport énergétique, mais aussi à améliorer l’ensemble des conditions de vie des populations défavorisées.

Car, ne nous trompons pas, l’obésité touche avant tout les plus pauvres. Selon une étude publiée par le ministère des affaires sociales, l’obésité est dix fois plus fréquente chez les enfants dont le père est ouvrier non qualifié (7,4 %) que chez ceux dont le père est cadre (0,7 %) (9). Un écart qui traduit des modes de vie (notamment la pratique d’activités sportives) et d’alimentation différenciés. Cela ne signifie évidemment pas que les enfants des classes plus aisées ne grossissent pas : si l’on regarde non pas l’obésité mais le simple surpoids, le taux est de 22,4 % chez les enfants dont le père est ouvrier et de 10,8 % chez ceux dont le père est cadre. Tous mangent mal, consomment des barres chocolatées et des boissons sucrées, mais tous n’ont pas la même alimentation à la maison, la même possibilité de pratiquer des activités sportives, ni le même regard sur l’obésité et ses conséquences sur la santé.

Ces inégalités sociales s’observent également sur le plan mondial : si la lutte contre la faim reste une priorité, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’inquiète de la montée de l’obésité dans les pays en voie de développement. La migration dans les villes s’accompagne d’une modification des comportements alimentaires, les plats riches en graisses et en sucres disponibles en ville à faible prix remplaçant la nourriture traditionnelle.

Il a été montré en Chine que l’amélioration du niveau de vie induit un accroissement significatif de la consommation d’huile. Cependant, la consommation de produits à très haute teneur en matières grasses s’est accrue bien plus chez les populations les plus pauvres (10). Les formes sévères d’obésité ont donc des origines à la fois biologiques et sociales ; seules des recherches approfondies permettront de mieux les prévenir et de les prendre en charge. A cet égard, la campagne récente de McDonald’s se révèle pour le moins inopportune.
Philippe Froguel et Catherine Smadja.
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(1) Organisation mondiale de la santé (OMS) : Obesity and Overweight

(2) Un appareil ultraléger, porté à la ceinture, qui compte le nombre de pas au cours d’une journée. Les autorités sanitaires britanniques recommandent d’effectuer de 10 000 à 12 000 pas chaque jour.

(3) Pourquoi tant de sel ? Serait-ce pour induire une consommation accrue de boissons, particulièrement les sodas et l’eau minérale, vendues par les mêmes groupes industriels ? Ou pour améliorer à peu de frais le goût d’aliments de médiocre qualité ?

(4) Etude Nielsen pour le rapport de l’Ofcom, le régulateur des médias et télécommunications britanniques, « Childhood obesity : food advertising in context », Londres, 22 juillet 2004.

(5) Ibid.

(6) Sur le sujet, lire François Brune, « De l’enfant-roi à l’enfant-proie », Le Monde diplomatique, septembre 2004.

(7) Andrew Prentice et Susan Jebb, « Fast foods, energy density and obesity : a possible mechanistic link », Obesity Reviews, Oxford, novembre 2003, vol. 4, n° 4.

(8) Selon les données épidémiologiques récentes publiées par le Journal of the American Medical Association, Chicago, mars 2004 ; l’obésité est devenue la principale cause de mortalité aux Etats-Unis, à égalité avec le tabac.

(9) Etudes et résultats, n° 283, janvier 2004, DREES, ministère des affaires sociales. Données pour l’année scolaire 2000-2001.

(10) Barry M. Popkin, « The nutrition transition and obesity in the developing world », Journal of Nutrition, Bethesda, 2001.








LE MONDE DIPLOMATIQUE | décembre 2004 | Page 13
http://www.monde-diplomatique.fr/2004/12/FROGUEL/11718

Tuesday, January 25, 2005

Aliments gâchés : plus de 40 pour cent !

Cultures, élevage, pêche, chasse, etc., toutes ces activités fournissent la matière première de l'alimentation humaine.

Quelle est la part de la production alimentaire réellement consommée par l'homme ? On dispose de peu de réponses à la fois précises et globales, car les pertes alimentaires dépendent de la région et du pays étudiés, du type d'aliments, du secteur d'activité, et, de plus, la méthodologie des spécialistes n'est pas uniforme. Les estimations, souvent controversées, vont d'environ 10 pour cent de pertes à plus de 40 pour cent.

L'étude que Timothy Jones, un anthropologue de l'Université de l'Arizona, a réalisée sur les États-Unis fera probablement date. Ce chercheur a passé une dizaine d'années à mesurer les pertes alimentaires dans les fermes, les champs, l'industrie agro-alimentaire, les magasins d'alimentation, les restaurants, les ménages, etc.

Globalement, l'étude indique qu'aux États-Unis, entre 40 et 50 pour cent de toutes les denrées alimentaires produites (avant récolte pour ce qui est des végétaux) ne sont pas consommées. Les pertes interviennent à tous les niveaux de la chaîne allant de la production à la consommation : récolte, transport, transformation des aliments, stockage, vente au détail, consommation des ménages.

T. Jones indique ainsi qu'en moyenne, chaque foyer américain jette chaque jour 0,58 kilogramme de nourriture, soit plus de 200 kilogrammes par an (en dehors des ordures ménagères). Pour un foyer de quatre personnes, cela représente une somme annuelle de l'ordre de 500 euros. À l'échelle de la nation, le gaspillage des ménages américains coûte environ 35 milliards d'euros. Les résultats obtenus par T. Jones détaillent également la répartition de ces pertes : les légumes en constituent 27 pour cent du poids, les fruits 16, les céréales 20, la viande 11. Les aliments encore emballés et non périmés représentent 14 pour cent de la nourriture gâchée par les ménages.

En ce qui concerne le commerce, les petits magasins d'alimentation perdent plus de 26 pour cent de leurs denrées, soit en moyenne près de 50 kilogrammes par jour et par magasin. Les supermarchés n'en perdent que 0,76 pour cent. En restauration classique, la perte est de 3,11 pour cent, mais elle avoisine les 10 pour cent pour les fast-foods. En tout, le commerce d'alimentation et la restauration gâchent quelque 27 millions de tonnes de denrées alimentaires par an.

Et pour finir, quelques chiffres sur la production agricole : 29 pour cent de pertes dans le secteur des agrumes, 18 dans celui des légumes et 12 dans celui de la pomme. L'étude de T. Jones établit également que l'introduction de produits élaborés (salades préparées, pommes de terre précuites, etc.) a augmenté les pertes de trois à dix pour cent.

Toutes ces données sont relatives aux États-Unis, pays qui a la réputation de gaspiller. Pour savoir si cette réputation est justifiée, il faudrait mener des études aussi rigoureuses dans d'autres pays, européens notamment. Découvrirait-on alors que le gâchis y est du même ordre de grandeur ?

Tiré d'une réflexion de Natacha Quester-Séméon qui a un excellent site (www.cyberhumanisme.org) ou humains-associes.org

La 6e crise d'extinction des espèces est en marche

PARIS (AFP) - La planète traverse aujourd'hui la sixième grande crise d'extinction des espèces depuis le début de la vie sur terre il y a 3,8 milliards d'année, selon les spécialistes de la biodiversité.

A la différence des cinq crises précédentes qui se sont étalées sur des milliers, voire des millions d'années, la crise actuelle "se compte en dizaines d'années ou en siècles, mettant la capacité d'adaptation des espèces à rude épreuve", selon Robert Barbault, directeur du département écologie au Muséum d'histoire naturelle.

La dernière crise a vu disparaître les dinosaures, il y a 65 millions d'années. "La différence, c'est que cette fois nous sommes impliqués et responsables, et que nous avons les moyens d'agir, ce qui n'était pas le cas des dinosaures!" lance Robert Barbault.
C'est le succès formidable de l'espèce humaine, qui a défriché les forêts, cultivé l'espace, industrialisé la planète, qui a causé le déclin de milliers d'autres espèces.


Au total 15.589 espèces sont confrontées à un risque d'extinction, selon la "liste rouge" de l'Union mondiale pour la nature (UICN): un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un amphibien sur trois.
Premiers menacés: les grands mammifères qui disputent le territoire à l'homme. Chez nous, l'ours, ou le loup, ont vu leur population réduite à quelques individus.


En Asie, en Afrique, l'éléphant et les grands singes ne cessent de régresser. Qui se souvient qu'il y avait des éléphants dans l'immense forêt chinoise il y a 2000 ans? Son sort semble scellé en Asie, où il reste 20.000 éléphants sauvages (sur 50.000).

Le redressement opéré dans un petit nombre de pays d'Afrique australe ne peut masquer le déclin à l'échelle du continent: trois millions d'éléphants au début du 20e siècle, un million à la fin de la seconde guerre mondiale, 400.000 aujourd'hui.

Partout, l'homme grignote la forêt, défriche, repousse les grands mammifères sur des territoires de plus en plus exigus, où ils ne peuvent plus migrer et se croiser. Or, "la seule façon de résister au changement, c'est d'être diversifié", rappelle M. Barbault.

L'éléphant de forêt, particulièrement menacé, recèle une plus grande diversité génétique que son frère des savanes. Pourtant, "vous ne verrez jamais de reportages sur l'éléphant de forêt", déplore le biologiste Régis Debruyne.

"Au rythme actuel d'extinction des populations en Afrique centrale, je m'effraie de voir disparaître l'éléphant de son milieu naturel", estime-t-il.

"On aura de petites populations reliques, que pourront venir admirer les touristes en safari, mais on n'aura plus de populations naturelles capable de migrer et de se croiser entre elles", regrette-t-il.

"On peut dire que c'est triste que l'éléphant disparaisse, avoir un attachement affectif, mais on peut aussi dire que l'éléphant est un animal qui gère un territoire où vit tout un ensemble d'espèces", souligne Robert Barbault.

Gros mangeur de fruits, l'éléphant sème dans ses déjections des graines qui aident la forêt à se régénérer. Il crée des clairières propices aux grands félins, lions, léopards, panthères. Sa disparition "aura des répercussions sur toute la forêt, du plus minuscule insecte aux grands mammifères", met en garde M. Debruyne.

Que peut faire une conférence? "Convaincre un certain nombre de politiques qu'ils ont un intérêt à protéger leur biodiversité, que ce soit un intérêt éco-touristique, ou purement politique à l'égard de pays auprès desquels ils sont endettés par exemple, et qui réclament d'eux une meilleure gestion de leur faune et leur flore", selon M. Debruyne.

Sunday, January 23, 2005

N'oublions pas : un tsunami par semaine en Afrique

NAIROBI, 23 jan (AFP)
Afrique: guerre, famine, maladies coûtent "un tsunami par semaine"

Les milliards de dollars de l'élan mondial de générosité pour les victimes des raz-de-marée en Asie ont mis en évidence, par un cruel contraste, le dénuement de l'Afrique qui subit "un tsunami par semaine" en pertes humaines, comme l'a souligné le Premier ministre britannique Tony Blair.

Il aura fallu voir sur les écrans de télévision hommes, femmes et enfants emportés par des montagnes d'eau pour rappeler qu'en Afrique, de façon bien moins spectaculaire, on meurt de faim chaque jour, dans l'anonymat.

C'est le message lancé non seulement par M. Blair, la France, la Croix-Rouge et les ONG, mais aussi, très haut et fort, par les Nations unies.

Le coordinateur des opérations d'urgence de l'ONU, Jan Egeland, s'est fait l'avocat de l'Afrique à l'occasion d'une conférence des pays donateurs à Genève début janvier, tout en saluant la mobilisation "sans précédent" après le séisme et les raz-de-marée du 26 décembre en Asie, qui a suscité plus de 8 milliards de dollars de promesses de dons à travers le monde.

"L'équivalent d'un tsunami frappe tous les cinq mois", en termes de victimes, la seule République démocratique du Congo (RDC), "et cela pourrait être évité", a-t-il déclaré.

M. Blair avait déjà annoncé que l'Afrique constituerait une des priorités affichées de la présidence britannique du G8, qui a commencé au 1er janvier.

Il l'a confirmé le 6 janvier: "Il y a l'équivalent d'un tsunami causé par l'homme et qu'il est possible d'éviter chaque semaine en Afrique", a-t-il insisté.

"La malnutrition ou les maladies liées à l'eau font autant de morts chaque semaine qu'un seul tsunami" dans "certaines régions d'Afrique", a renchéri le ministre délégué français à la Coopération, Xavier Darcos.

Seulement, "certaines régions du monde sont plus populaires que d'autres", a reconnu M. Egeland.

Et, dans le cas des raz-de-marée, "la présence de touristes occidentaux sur les plages, particulièrement en Thaïlande, a rendu la catastrophe plus proche des préoccupations des pays riches", a souligné Amy Barry, porte-parole de l'organisation britannique Oxfam.

Si en 2003 l'Irak et la Tchétchénie ont reçu 91% de l'argent qui leur avait été promis dans les appels au secours de l'ONU, la proportion tombe à 54% pour la Côte d'Ivoire et à 45% pour le Liberia, selon elle.

"Cela a été facile de couvrir l'appel de fonds pour le Kosovo, l'Irak et le tsunami. Cela a été un cauchemar pour couvrir ceux concernant l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale", a confirmé M. Egeland.

Les Nations unies ont lancé fin novembre un appel de fonds de 1,7 milliard de dollars pour répondre en 2005 à 14 crises humanitaires, des "urgences oubliées" et qui affectent 26 millions de personnes, selon l'Onu. Douze de ces crises frappent l'Afrique.

"J'espère que 2005 sera la première année où l'appel de fonds de l'ONU sera souscrit en totalité", a ajouté M. Egeland, soulignant qu'en 2004 les Nations unies "n'ont reçu qu'un tiers des sommes qu'elles avaient demandées pour sauver des vies".

"On espère que ce qui est donné pour le tsunami ne l'est pas en déduction de l'enveloppe à destination des pays africains", a commenté vendredi à Addis Abeba le porte-parole de la présidence de la Commission de l'Union africaine (UA), Adam Thiam.

"Le niveau actuel de l'assistance à l'Afrique est dramatiquement bas. Il faut la multiplier par quatre et annuler totalement la dette du continent" pour relancer la dynamique de l'Afrique, a-t-il ajouté.

Face aux quelque 8 milliards de dollars de promesses de dons à travers le monde pour les victimes des raz-de-marée, le budget 2005 de l'Union africaine, pourtant quatre fois plus élevé que celui de 2004, culmine à... 158 millions de dollars.